Conidiobolomycose ou entomophtoromycose rhinofaciale: à propos d’un cas au Togo

[Conidiobolomycosis or rhinofacial entomophtoromycosis: a case report from Togo]

Panawé Kasssang1, Waguena Gnassingbé2, Kokou Mawusé Essiomlé2, Yvette Moise-Elegbede3, Dieudonné Koumi4, Koulté Hategou5, Stephen Lionel Antoine Lawson4, Bathokedeou Amana5, Essohaman Boko6, Abass Mouhari-Touré1, Bayaki Saka2, Palokinam Pitché5

1Department of Dermatology, CHU Kara, Kara, Togo, 2Department of Dermatology, CHR Tsévié, Lomé, Togo, 3Department of Dermatology, CHR Kara, Kara, Togo, 4ENT and Head and Neck Surgery Department, CHU Kara, Kara, Togo, 5Department of Dermatology, CHU Sylvanus Olympio, Lomé, Togo, 6ENT and Head and Neck Surgery Department, Sylvanus Olympio, Lomé, Togo

Corresponding author: Panawé Kasssang, MD, E-mail: panawekassang@gmail.com

How to cite this article: Kasssang P, Gnassingbé W, Essiomlé KM, Moise-Elegbede Y, Koumi D, Hategou K, Antoine Lawson SL, Amana B, Boko E, Conidiobolomycosis or rhinofacial entomophtoromycosis: a case report from Togo. Our Dermatol Online. 2025;16(Supp. 3):86-90.
Submission: 15.05.2025; Acceptance: 04.07.2025
DOI: 10.7241/ourd.2025S3.8

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Abstract

Conidiobolomycosis is a rare tropical deep cutaneous mycosis characterized by dysmorphic facial involvement giving, in advanced forms, a “hippopotamus snout” appearance. We report the case of a patient presenting with conidiobolomycosis at Kara University Hospital in Togo. The patient, a 32-year-old farmer, presented with a 2-month history of progressive facial swelling associated with headache and clear rhinorrhea. Clinical examination revealed a swollen face with increased involvement of the upper lip, erythema and a clear nasal discharge. A tomodensitometry of the face and histological examination of a skin biopsy provided further support for the diagnosis of conidiobolomycosis. The patient was put on itraconazole 400mg/day with a good clinical evolution. To our knowledge, no case has ever been reported in Togo.

Key words: Deep cutaneous mycoses, Conidiobolomycosis, Entomophtoromycosis, Togo


Résumé

La conidiobolomycose est une mycose cutanée profonde tropicale rare caractérisée par une atteinte dysmorphique du visage donnant dans les formes évoluées un aspect dit en “ museau d’hippopotame ”. Nous rapportons l’observation d’un patient présentant une conidiobolomycose au CHU Kara au Togo. Il s’agit un jeune homme de 32 ans, cultivateur qui a consulté pour une tuméfaction du visage de survenue progressive évoluant depuis 2 mois associée à des céphalées et une rhinorrhée claire. A l’examen clinique on notait une tuméfaction du visage avec une atteinte plus importante de la lèvre supérieure ainsi qu’un érythème et un écoulement claire nasal. Une tomodensitométrie du massif faciale et un examen histologique d’une biopsie cutanée ont fourni des arguments supplémentaires permettant de retenir le diagnostic de conidiobolomycose. Le patient a été mis sous itraconazole 400mg/jr avec une bonne évolution clinique. A notre connaissance aucun cas n’avait jusqu’à ce jour été rapporté au Togo.

Mots clés: Mycoses cutanés profondes, Conidiobolomycose, Entomophtoromycose, Togo


INTRODUCTION

La conidiobolomycose ou entomophtoromycose rhinofaciale est une mycose cutanée profonde causée par le Conidiobolus coronatus [1]. Le Conidibolus conronatus est un champignon saprohytes du sol et des végétaux en décomposition retrouvé surtout en milieux tropical. Il est responsable d’une inflammation typique granulomateuse du nez et des tissus sous-cutanés du visage, survenant généralement sur terrain immunocompétent et réalise un aspect typique du visage et des lèvres qualifiées de “ museau d’hippopotame ”[2]. C’est une affection des zones à climat tropicales, dont la majorité des cas dans la littérature ont été rapporté en Afrique occidentale, en Afrique centrale, en Amérique et en Asie du Sud-est [3,4]. En Afrique subsaharienne, des cas ont été rapportés ces dernières années au Gabon [5], au Burkina Faso [6] et au Benin [7]. Au Togo, à notre connaissance aucun cas de conidiobolomycose n’a encore été rapporté. Nous rapportons donc un cas de conidiobolomycosis diagnostiqué au CHU Kara dans le Nord du Togo.

OBSERVATION

Il s’agit d’un jeune homme de 32 ans, cultivateur qui a consulté en dermatologie au CHU Kara pour une tuméfaction du visage de survenue progressive évoluant depuis 2 mois associée à des céphalées et une rhinorrhée claire. A l’examen clinique, on notait une tuméfaction chaude, ferme non douloureuse du front, des paupières, du nez avec comblement des sillons nasogéniens, des joues et des lèvres avec une atteinte plus importante et proéminente de la lèvre supérieure donnant un aspect typique en “ museau d’hippopotame ” (Fig. 1). Cette tuméfaction était le siège d’un érythème diffus. L’examen de la muqueuse buccale était normal sans signes de carie dentaire. Un examen oto-rhino-laryngologique (ORL) demandé a été réalisé et a permis de mettre en évidence une muqueuse nasale inflammatoire avec une rhinorrhée claire. Il n’y avait pas d’adénopathies. Le bilan sanguin demandé a montré un syndrome inflammatoire biologique et la sérologie VIH était négative. La tomodensitométrie du massif faciale réalisée a montré une atteinte exclusivement cutanée et sous cutanée faisant évoquer une dermatose inflammatoire ou infectieuse (Figs 2 et 3). L’examen histologique d’une biopsie cutanée réalisée en zone inflammatoire a fourni des arguments supplémentaires permettant de retenir le diagnostic de conidiobolomycose. Le patient a été mis sous itraconazole 400mg/jr en et sous prednisone à la dose de 0,5 mg/kg. L’évolution était favorable avec une réduction significative de la tuméfaction et des céphalées en quelques semaines, ce qui a motivé l’arrêt de la corticothérapie après un mois. Le patient à été revue 2 mois (Fig. 4) puis 4 mois (Fig. 5) après l’initiation du traitement et l’examen clinique notait une nette amélioration.

Figure 1. Aspect du visage à la première consultation [Appearance of face at first consultation].
Figure 2. Tomodensitométrie du massif facial (coupe axiale) [Computed tomography of the facial mass (axial section)].
Figure 3. Tomodensitometrie du massif facial (coupe frontale) [Tomodensitometry of the face (frontal section)].
Figure 4. Aspect du visage après deux mois de traitement [Facial appearance after two months of treatment].
Figure 5. Aspect du visage après 4 mois de traitement [Facial appearance after 4 months of treatment].

DISCUSSION

Les entomophtoromcoses sont des mycoses sous-cutanées assez rare dont les plus courantes sont la conidiobolomycose et la basidiobolomycose [8]. La conibiobolomycose est un peu plus rare et est causée par le Conidiobolus Coronata. Elle sévi surtout dans les zones tropicales humides de l’Afrique centrale, de l’ouest, d’Amérique et d’Asie [9]. Elle a une présentation clinique particulière qui permet le plus souvent d’évoquer le diagnostic surtout dans les formes évoluées. Il s’agit souvent d’une tuméfaction faciale exclusivement cutanée et sous cutanées avec atteinte typiquement plus importante de la lèvre supérieure réalisant un aspect caractéristique en “ museau d’hippopotame ” [8]. Dans la majorité des cas, cette affection survient surtout chez des sujets immunocompétents [4,8,9]. Nous rapportons un cas qui a double intérêt: épidémiologique et diagnostic. Du point de vue épidémiologie, ce cas vient changer le profil épidémiologique des mycoses cutanées profondes au Togo. En effet, à notre connaissance il le premier cas de conidiobolomycose rapporté au Togo. De façon général, la conidiobolomycose est une affection rare, dont seulement une centaine de cas ont été rapporté dans la littérature à ce jour dans le monde [9]. En Afrique, quelques rares cas ont été rapportés en Afrique centrale mais aussi en Afrique de l’ouest notamment au Burkina Faso et au Bénin qui sont frontalier aux Togo [5–7,10]. Du point de vue diagnostic, reconnaitre un cas de conidiobolomycose est un défi surtout dans notre contexte africain, où les médecins spécialistes constituent l’une des ressources humaines les plus rares [11]. En effet le diagnostic de conidiobolomycose dans notre cas à peut-être retenu grâce à une prise en charge multidisciplinaire (dermatologues, ORL, radiologues et anatomopathologistes). Certes la conidiobolomycose est rare, mais cette rareté pourrait être alimentée par le manque de diagnostic de certains cas qui pourrait facilement passer inaperçue si les malades ne sont pas vu par un personnel soignant avisé. La prise en charge de la conidiobolomycose est surtout médicale et repose sur les molécules antimycosiques comme l’itraconazole ou le kétoconazole sur durée allant en moyenne de 6 à 12 mois [8]. Dans notre cas, le patient a été mis sous l’itraconazole qui a montré son efficacité avec une amélioration clinique déjà visible après deux mois de traitement. La corticothérapie se présente aussi comme un moyen thérapeutique incontournable dans cette affection où elle permet une fonte rapide de l’inflammation et le soulagement du malade. Dans certains rare cas on a recours à des moyens médicaux plus poussés comme l’immunothérapie [12] et parfois même à la chirurgie [13]. L’affection de notre malade est en bonne évolution avec l’itraconazole qu’il prend depuis 5 mois.

CONCLUSION

Nous avons rapporté le premier cas de conidiobolomycose du Togo. Une affection rare qui se caractérise par une atteinte dysmorphique caractéristique du visage. Ce cas clinique soulève l’importance de la collaboration multidisciplinaire dans le diagnostic et la prise en charge des affections rares et non courantes. Cependant, le défis du nombre réduits de médecins spécialistes dans nos pays africains, continue de contribuer à qualifier de très rares certaines affections qui sont juste peut être sous diagnostiquées.

Consent

The examination of the patient was conducted according to the principles of the Declaration of Helsinki.

The authors certify that they have obtained all appropriate patient consent forms, in which the patients gave their consent for images and other clinical information to be included in the journal. The patients understand that their names and initials will not be published and due effort will be made to conceal their identity, but that anonymity cannot be guaranteed.

REFERENCES

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13. Estran C, Castillo L, Marty P, Hofman P, Delaunay P, Ekobo AS et al. Conidiobolomycose, succès du traitement médico-chirurgical. J Mycol Méd. 2005;15:103-7.

Notes

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